Comité Régional de Cyclisme Poitou-Charentes
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Entretien avec Yohann CRON

Le Championnat Régional de cyclo-cross aura lieu à St Jean d’Angély ce dimanche 04 décembre, tu dois attendre ce rendez-vous avec impatience, non ?
Oui, on a hâte de disputer ce championnat à la maison. Après, il faudra voir comment cela se passera le jour J.
 
Tu as remporté les 5 derniers titres, le championnat est organisé par ton club, sur tes « terres »… Ressens-tu une forme de pression ou, au contraire, le fait d’être le favori te donne une grande confiance en toi ?
Favori, je ne sais pas, car pour le moment en regardant le début de saison, je suis un peu en retrait par rapport à d’autres coureurs. C’est vrai que je suis le tenant du titre mais je ne ressens pas spécialement de pression. J’ai envie de prendre cette course comme elle vient et on verra sur la ligne de départ comment cela se déroulera.
 
Dans quel état d’esprit es-tu : tu vas courir pour défendre ton titre ou plutôt en conquérir un nouveau ?
Cela fait 5 ans qu’on porte le maillot donc on n’a pas spécialement envie de le laisser partir. On sera là pour aller chercher un 6ème titre et pour se battre.
 
Lorsque l’on participe à un évènement organisé par son club, cela rajoute-t-il de l’importance, notamment vis-à-vis des bénévoles et des partenaires ?
C’est certain que cela donne de la motivation. Les bénévoles du club s’investissent depuis plusieurs mois maintenant, donc il faut être à la hauteur. C’est une forme de remerciement. Ils ont organisé ce championnat il y a 2 ans, le club avait également organisé un championnat à Bignay lorsque j’étais en cadet, donc on essaie d’être au top pour les personnes qui nous entourent et qui pourront venir nous voir ce jour-là.
 
On doit te parler régulièrement de ce championnat, sens-tu une attente particulière autour de toi ?
Oui on m’en parle, mais je n’essaie de ne pas trop aborder le sujet pour ne pas me mettre la pression. Mais on sent qu’il y a des personnes qui sont contentes que ce soit à St Jean d’Angély et qui ont hâte que l’on soit au 04 décembre pour venir voir. Mais pour le moment, je n’y pense pas trop, je m’occupe à autre chose.
 
Tu nous disais que tu étais un peu plus en retrait depuis le début de saison, comment l’expliques-tu et cela va-t-il changer ta manière d’aborder ce Championnat ?
J’ai eu des petits soucis de santé dans l’été donc j’ai fait un très mauvais été au niveau entraînement. Du coup, avec mon entraîneur, Jean-Christophe BARBOTIN, qui s’occupe de moi depuis bientôt 8 ans, nous avons décidé de lever un peu le pied en début de saison, afin de reprendre les fondamentaux. Et là, je commence à revenir à un bon niveau ce qui m’a permis de gagner à La Rochelle (le 19 novembre).
Vis-à-vis du Championnat, cela ne change pas grand-chose car du coup, j’aurais peut-être un peu plus de fraîcheur. On a essayé de le préparer du mieux possible, la forme est arrivée un peu plus tard dans la saison, mais l’important est d’être là le jour J.
 
On arrive dans la dernière ligne droite, au niveau préparation, où en es-tu et te prépares-tu toujours de la même manière ?
On va dire que les années précédentes, on avait nos habitudes, nos saisons étaient formatées. Comme cela ne se passait pas trop mal, on essayait de suivre à peu près le même plan chaque année. Cette année, avec le début de saison difficile, on a modifié le plan et nous nous sommes adaptés. On travaille un peu au jour le jour et on voit en fonction des sensations. C’est mon entraîneur qui prend les décisions et moi, j’exécute. L’avant-dernière semaine avant le Championnat, il s’agit de la dernière semaine de travail spécifique, puis la semaine d’avant, on fait du jus.
 
Quels seront tes principaux adversaires et comment imagines-tu le déroulement de la course ?
Mes principaux adversaires seront Julien BELGY, Nicolas COSTE, Sylvain DECHEREUX, et Yoann PAILLOT. Je pense que ce sont les principaux prétendants, mais il peut toujours y avoir quelqu’un qui arrive et qui soit en grande forme ce jour-là.
Concernant la course, il s’agit d’un championnat donc c’est difficile de prédire. Cela peut être une course d’attente comme cela peut se débrider dès le départ. On ne sait pas vraiment, on va voir et on avisera pendant la course.
 
Mais, sans tout nous dévoiler, as-tu une idée de la course que tu souhaites faire ?
Oui, on a toujours une petite idée mais après cela va dépendre des conditions, à la fois physiques et météorologiques. Il faudra voir selon la physionomie de course, et ce sera à l’instinct. On verra donc tout ça le 04 décembre.
 
Tu sais que tu vas être surveillé par tes adversaires, est-ce que cela a une importance en cyclo-cross au niveau tactique ?
Si la forme est là, le fait d’être surveillé ne pose pas de souci. On sait qu’en cyclo-cross, ce n’est pas du tout comme sur la route. Sur route, quelqu’un qui est un peu moins bien peut réussir à se cacher dans les roues et à faire la différence en fin de course. Alors qu’en cyclo-cross, généralement, il y a une hiérarchie physique.
 
Peux-tu nous parler du circuit qui sera proposé à l'occasion du Championnat ?
Il s’agit du même circuit qu’il y a deux ans, avec quelques passages techniques qui ont été rajoutés. Ce n’est pas un circuit avec un gros dénivelé mais qui finit par être très physique au fil de la course. Il y a en plus, une grosse exposition au vent donc selon la météo qu’il y aura, cela peut influer sur la course.
 
A 28 ans, tu as déjà un sacré palmarès, peux-tu nous citer tes principales victoires et nous parler de celle qui t’as le plus marquée ?
Mes principales victoires sont mes titres de champion régional. J’ai gagné 5 titres en élite, 1 en junior, et 2 en cadet. Ensuite, j’ai fait des places aux Championnats de France en cadet notamment, où j’ai réussi à faire 6ème la première année, puis 5ème l’année suivante. Ce jour-là d’ailleurs, j’avais les jambes pour être champion de France mais c’est dans la tête où on a mal couru. Et sur route, j’ai fait 9ème des Championnats de France en junior.
Quand à celle qui m’a le plus marqué, on va dire mon 4ème titre de champion régional à St Jean d’Angély. C’était chez moi, il y avait une grosse affluence au niveau public et j’étais attendu puisque j’avais gagné 3 fois de suite, il fallait donc être capable de supporter la pression à domicile.
 
Tu dis que tu avais les jambes pour être champion de France lors de ta 2ème année cadet, et que c’est la tête qui n’a pas été, que s’était-il passé ?
Dès le départ, j’étais rentré 4ème dans la prairie, et je fais une grosse faute, donc je me suis retrouvé à repartir assez loin. Ensuite, je suis revenu sur la tête de course et j’en ai fait un petit peu trop. Il y avait un concurrent qui était parti devant et je voulais rentrer. Et puis, je me loupe dans un virage donc je me retrouve 10ème ou 11ème à un tour de l’arrivée. Au final, j’arrive tout de même à remonter pour terminer 5ème. Voilà, c’est vrai qu’avec les jambes que j’avais, c’était envisageable. Ce qu’il y avait de dommage également, c’est qu’il n’y avait aucune partie à pieds qui pouvait permettre de faire la différence, c’était un circuit essentiellement roulant. Pour les cadets, toutes les parties physiques avaient été enlevées.
 
Depuis quand pratiques-tu le cyclo-cross et comment t’es venu cet intérêt pour la discipline ?
En compétition, je pratique depuis l’âge de 9 ans, mais je suis sur les circuits depuis que je suis né ! J’ai assisté à mon premier Championnat du Monde à l’âge de 1 mois !
 
Oui, on croit savoir que le cyclo-cross est une « tradition familiale » chez vous…
Oui tout à fait, mon papa a fait du cyclo-cross. Il était passionné de vélo, il a essayé un hiver, cela lui a plu et c’était parti. Ensuite, quand mon frère s’est mis au vélo, il a également fait du cyclo-cross. Tous les deux, nous avons 12 ans d’écart donc lorsqu’il pratiquait, j’étais à côté avec mon petit vélo et j’allais sur les circuits avec lui. Dès l’âge de 5-6 ans, j’étais sur les circuits avec mon vélo. Et aujourd’hui, il y a également mon petit neveu, Eli, qui a 9 ans. Il a commencé le vélo il y a 3 ans, et il est adepte des cyclo-cross lui aussi.
 
Du coup, quand tu étais plus jeune, les champions qui te faisaient rêver étaient des cyclo-crossman ou pas forcément ?
Oui, les 2 grands qui me viennent en tête sont Mario DE CLERCQ, et dernièrement, Sven NYS qui a une grande classe. Il y a aussi Miguel MARTINEZ que j’appréciais.
 
Qu’est-ce que qui fait que tu apprécies particulièrement cette pratique ?
On va dire que c’est la mentalité qui règne dans le cyclo-cross. Sur le vélo, c’est la bagarre, mais dès que c’est fini, tout le monde se côtoie. Ce n’est pas du tout la mentalité que l’on peut retrouver dans d’autres disciplines. Sur les Coupes de France, on peut rouler avec un Francis MOUREY, ou d’autres qui ont un gros palmarès, et ils sont très abordables. En plus, ils ne sont pas avares de conseils pour les jeunes.
Et au niveau pratique, le cyclo-cross est un spectacle. Lorsque l’on est dans les parties boueuses, ou dans les parties techniques, il faut savoir être un équilibriste et c’est cela que j’adore.
 
Que dirais-tu à un jeune pour l’inciter à essayer le cyclo-cross ?
Je ne sais pas, rien de spécial. Il faut essayer et ensuite, il faut voir si on prend du plaisir ou pas. Le principal est de prendre du plaisir sur le vélo, peu importe si on fait du cyclo-cross, de la route, ou autre.
 
Au-delà de l’ambiance conviviale qui y règne, les compétitions de cyclo-cross sont également appréciées par le fait que tout type de participants (toutes catégories, hommes/dames, vététistes/cyclisme traditionnel,...) se côtoie. Est-ce également ton avis ?
Oui tout à fait, on peut se retrouver quel que soit la catégorie. Tout le monde se connait, il y a une très bonne ambiance. Lorsque l’on est sur le vélo, c’est la guerre, c’est normal pendant la course, mais ensuite, c’est terminé. Je le ressens encore plus dans le Limousin, il y a des gens que l’on ne connait pas et qui nous encourage sur le bord des chemins donc c’est vraiment agréable.
 
Les compétitions t’ont certainement permis de rencontrer pas mal de champions, as-tu parfois été « impressionné » de te confronter à certains ?
Non, il n’y a pas spécialement d’appréhension. Lorsque l’on se retrouve avec des champions, pour qui c’est leur métier, on n’est pas gêné d’être derrière. Et puis, c’est toujours bien d’être aligné avec des champions sur la ligne de départ. Ensuite, quand la course démarre, la force physique fait la différence, surtout en cyclo-cross. On est seulement contents d’être avec eux, mais ensuite, on fait notre course.
 
Mais cela permet de rencontrer et d’échanger avec des champions…
Oui, par exemple, cela fait plusieurs années que je côtoie des coureurs comme Francis MOUREY, qui est un monsieur et qui a de la classe sur le vélo, mais c’est quelqu’un avec qui on peut discuter facilement. Cela arrive par exemple, la veille des courses, lors des reconnaissances, et c’est vraiment super.
 
Toi qui pratiques depuis de nombreuses années, quel regard portes-tu sur l’évolution du cyclo-cross ces dernières années, notamment dans la région ?
Cela a bien évolué. Quand j’étais cadet ou junior, je passais tous mes week-ends en Limousin car il n’y avait quasiment pas de course, et peu de coureurs dans la région. Alors qu’aujourd’hui, on peut courir tous les week-ends en Poitou-Charentes et en plus, on se retrouve avec des beaux plateaux. C’est très positif, et surtout chez les jeunes, je trouve.
 
Comment analyses-tu cette évolution positive ?
Je ne sais pas trop, mais c’est vrai que c’est reparti depuis 4-5 ans à peu près. Je sais qu’il y a un challenge qui a été mis en place pour les jeunes donc cela a peut-être permis d’attirer. Ensuite, sur les différents championnats, quand il y a quelqu’un comme Sylvain CHAVANEL qui vient, cela attire du monde aussi. Les jeunes sont toujours contents de voir Sylvain sur une compétition. Peut-être que la mentalité des éducateurs a changé aussi, je ne sais pas, ce n’est pas facile à expliquer.
 
Oui et on s’aperçoit que la pratique du cyclo-cross l’hiver est un bon moyen de préparer la saison suivante, non ?
Celui qui fait des saisons de cyclo-cross à 100 % ne fera peut-être pas de très bonnes saisons route, mais c’est certain que celui qui fait un peu de cyclo-cross pour préparer la saison route, cela ne peut pas lui faire de mal, au contraire.
 
Du coup, on a l’impression que les tracés des circuits ont tendance à être plus roulants pour favoriser la venue des « routiers », est-ce un problème pour un spécialiste comme toi ?
Non, moi je dirais l’inverse, on revient un peu plus vers des circuits techniques. Il y a eu une période où nous avions des circuits avec des grands bouts droits pour attirer les « routiers », mais on s’est aperçus qu’ils ne sont pas forcément venus. C’est vrai que cela modifiait un peu le cyclo-cross, et au niveau mondial, les français avaient pris du retard car les circuits n’étaient plus adaptés. Lorsque l’on voit les circuits en Belgique, qui est la nation référente en cyclo-cross, on peut voir qu’ils sont très techniques avec peu de bouts droits.
Et même au niveau régional aujourd’hui, on a des épreuves techniques, même s’il y a toujours quelques organisateurs qui ont gardé leurs circuits très roulants, mais pour moi ce n’est pas du cyclo-cross, donc je limite ma participation sur ce type d’épreuves.
 
Et au niveau des concurrents, vois-tu des jeunes qui pourraient prendre ta relève et devenir la nouvelle référence du cyclo-cross régional ?
Oui, il y a des jeunes tels que Gaëtan BOUCHERY, Valentin RETAILLEAU, ou Anthony BREGIERE, qui, comme on le voit au niveau national, se défendent bien. Après, il faudra voir leur évolution dans les années à venir. On voit qu’ils ont du potentiel, au niveau technique, ils sont agiles. Donc ensuite, il faudra voir au niveau physique comment ils évoluent par rapport aux autres de leurs catégories.
 
Après le Championnat Régional, quels sont tes objectifs pour la suite de la saison ?
Il n’y aura pas de gros objectif puisque normalement, je ne ferai pas la 3ème manche de la Coupe de France, ni les Championnats de France. Au vu de mes 2 premières manches, je serais contraint de partir loin et sur ces courses, ce ne sont pas des circuits que j’apprécie. De plus, pour la 3ème manche, je ne peux pas me libérer professionnellement, donc je ne pense pas que j’irai aux Championnats de France. Ce sera seulement la 2ème fois, depuis la catégorie cadet, que je ne participe pas à un Championnat de France.
Mais je ferai d’autres épreuves, j’ai par exemple été invité au cyclo-cross des Crouchaux à côté de Périgueux, où il y aura un beau plateau. Malheureusement cette année, les fêtes tombent des dimanches donc il n’y aura pas beaucoup d’épreuves mais on verra le programme au fil de la saison.
 
Enfin, nos 2 traditionnelles questions pour terminer. Tout d’abord, quelle est la course qui te fait le plus rêver ?
La course qui me fait rêver, et pour laquelle je suis toujours impressionné en la regardant, c’est Paris - Roubaix. C’est vrai qu’en tant que cycliste « cyclo-crossman » c’est une course qui est vraiment atypique et très belle à regarder. Il est juste dommage que cela soit un peu sec ces dernières années !
 
Et, quel est ton rêve en dehors du cyclisme pour les années futures ?
Je n’ai pas spécialement de rêve, on prend la vie comme elle vient …
 

Commentaires

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RENOUX Dominique-Raymond a dit il y a moins d'une minute
Très bonne analyse de Johan qui possède une véritable culture du cyclo-cross lèguée par des gênes familiaux incontestables , son père Bernard est effectivement un passionné qui n'hésite pas à parcourir plusieurs milliers (!) de kilomètres pour aller voir une épreuve , il a su transmettre cette approche à ces fils (et au petit-fils Eli ...) et c'est un aspect du quintuple Champion Régional Seniors Elites (+ trois titres chez les jeunes) qui en fait un bon ambassadeur de son sport et qui le crédibili...
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